Cysticercose
Actualités 2008
Professeur Pierre Aubry. Mise à jour
le 19/09/2008
1.
Généralités
Due au développement chez l’homme de la
forme larvaire du Taenia solium, Cysticercus cellulosae, la cysticercose
est une cestodose larvaire. La localisation des larves au niveau du système
nerveux central en fait une maladie redoutable. Cinq
points, qui font l’actualité de la cysticercose, méritent d’être d’emblée
soulignés :
- la fréquence actuelle de
la maladie dans les pays en développement,
- le rôle épidémiologique
joué par les «porteurs de tænia» pour disséminer la maladie, même si l’axe
homme-porc reste fondamental,
- l’apport, dans le
diagnostic de la cysticercose cérébrale, de l’imagerie médicale
(tomodensitométrie, imagerie par résonance magnétique),
- l’apport
du diagnostic immunologique, d’autant que beaucoup de PED n’ont pas encore de
moyen d’imagerie médicale,
- les nouvelles molécules
actives sur les cestodes (adultes, larves), capables de diffuser dans le
système nerveux central : le praziquantel et l’albendazole.
2.
Epidémiologique
.
2.1. Distribution
géographique :
Maladie de répartition mondiale, mais
liée aux conditions d’hygiène défectueuse, la cysticercose est actuellement une
maladie des PED, où sa fréquence est encore largement sous-estimée. La
cysticercose est actuellement rapportée en Amérique centrale et du sud
(Mexique, Guatemala, Equateur, Honduras, Bolivie, Pérou, Brésil) en Afrique
(Sénégal, Bénin, Côte d'Ivoire, Togo, Ghana, Burkina-Faso, Nigéria, RD du
Congo, Cameroun, Burundi, Kenya, Rwanda, Tanzanie, Ouganda, Mozambique,
Zimbabwe, Afrique du sud), dans l'Océan indien (Madagascar, Ile de La Réunion),
en Asie (Indonésie, Inde, Vietnam, Cambodge, Laos, Corée, Chine, Népal,
Mongolie, Philippines, Myanmar). La cysticercose à ete éradiquée en Europe au
début du XXéme siécle, sauf dans quelques pays de l'Europe de l'est et au
Portugal.
Par ailleurs, le nombre de cas de
cysticercose chez les personnes ayant voyagé dans les pays d'endémie est de
plus en plus élevé. Aux Etats-Unis, au cours des dernières décennies, la
neurocysticercose est devenue un important problème de santé publique à cause
de l'afflux croissant d'émigrés, en provenance en particulier du Mexique.
Enfin, l'emploi répandu de personnel de maison provenant des régions d'endémie est
un facteur majeur de transmission chez des personnes n'ayant jamais voyagé ou
ne consommant pas de viande de porc.
A Madagascar, où le premier cas humain,
confirmé par autopsie, a été rapporté en 1910, la cysticercose est un problème
de santé publique. La prévalence active de la cysticercose peut être estimée à
10%, indiquant une forte endémicité qui place Madagascar parmi les pays les
plus touchés du monde. Elle varie de 7 et 21%, inférieure à 10% dans les
régions côtières (Mahajanga et Toamasina) et plus élevée jusqu’à 20% dans les
régions centrales de l’Ile (Ihosy,
Ambositra, Mahasolo), régions rurales avec important élevage de porcs. La
cysticercose peut toucher les sujets de tous les âges. Elle est présente tant
en milieu urbain qu’en milieu rural.
De rares cas de cysticercose sont
encore rapportés à La Réunion. Il n'y a pas de cysticercose aux Antilles
françaises (consommation de viandes importées, donc contrôlées), alors qu'il y
en a dans les îles des Caraïbes anglophones (consommation de viandes locales)
et à Haiti.
2.2. Modes de contamination
La cysticercose atteint les deux sexes.
Elle est observée à tout âge y compris chez les nourrissons.
L'homme contracte la taeniose en
mangeant de la viande de porc ladre crue ou mal cuite. Le parasite se développe
dans son intestin et devient adulte en quelques semaines. Il y a trois modes de
contamination,
- contamination par ingestion
d'aliments ou d'eau contaminés (péril fécal) par des oeufs de T. solium
disséminés dans la nature par un autre humain porteur du ver adulte,
- contamination au contact d’un porteur
et ingestion d’œufs (péril fécal, mains sales), la présence de porteurs de T.
solium adulte dans l'entourage est un facteur de risque important,
- contamination par auto-infection à
partir des oeufs embryonnés produits par le T.solium hébergé par le
sujet lui-même. Cela peut survenir par souillure fécale (mains sales), mais
aussi par digestion d'anneaux remontant de l'intestin grêle dans l'estomac
suite à des mouvements intestinaux antipéristaltiques. Dans ce cas, la taeniose
précède la cysticercose et la contamination initiale est due à la consommation
de viande de porc ladre.
Représentant 90% des cas dans le monde,
le premier mode de contamination est de loin le plus important. L’importance de
la contamination à partir des «porteurs de tænia» dans l’environnement proche,
familial, doit être encore soulignée.
Les œufs, en impasse parasitaire, vont
se transformer en larves appelées cysticerques (Cysticercus cellulosae) à l’origine de lésions.
Deux facteurs épidémiologiques majeurs
sont donc présents pour expliquer l’importance de la cysticercose : la
promiscuité homme-porc, notamment dans les régions d’élevage, et le péril
fécal.
Le porc, hôte intermédiaire normal,
représente un élément prédominant dans l’entretien du cycle de T. solium. Lorsque l’homme mange du porc
ladre, c’est-à-dire porteur de larves cysticerques, insuffisamment cuit, il
acquiert la taeniose. La présence d’animaux ladres traduit d’ailleurs une forte
propagation d’œufs infectants, éliminés par les hommes porteurs du ver adulte.
L’homme parasité élimine quotidiennement dans ses selles 5 à 6 anneaux gravides
contenant chacun 30 000 à 50 000 œufs. Ces œufs sont très résistants et peuvent
survivre dans le milieu extérieur pendant plusieurs mois, voire années.
3.
Pathogénicité
La
pathogénicité des cysticerques est liée à leur localisation et la gravité des
manifestations peut dépendre de leur nombre.
Le
cysticerque se présente dans les tissus comme un kyste, rempli de liquide, à
paroi mince et translucide. Le scolex est invaginé et apparaît comme un nodule
opaque excentré.
Pour
accomplir son cycle biologique, le cysticerque doit survivre dans le tissu de
son hôte plusieurs semaines, voire des mois. Selon que la tolérance immunitaire
de l'hôte est forte ou faible, le cysticerque évolue plus ou moins lentement
vers la mort (calcification). Morphologiquement, on distingue quatre étapes de
développement et de régression du cysticerque :
-
stade vésiculaire où le cysticerque est viable, ce stade n'engendre que peu de
réponse inflammatoire de la part de l'hôte,
-
stade colloïdal correspondant à la nécrose du parasite associée à un processus
inflammatoire,
-
stade nodulaire granulaire : le kyste se rétracte, son contenu se minéralise et
tend à apparaître granulaire,
-
stade nodulaire calcifié : le matériel granulaire du stade précédent devient
complètement minéralisé. Le cysticerque nodulaire calcifié est petit, environ
le tiers ou le quart du cysticerque vésiculaire.
4.
Localisations des cysticerques et leurs conséquences anatomiques
Bien des localisations sont possibles
mais les plus fréquemment rencontrées sont le système nerveux, l’œil, les
muscles et le tissu cellulaire sous-cutané.
4.1 Au niveau du système nerveux
La cysticercose atteint essentiellement
le système nerveux central. Le tissu nerveux oppose une réaction inflammatoire
à l’infection qui, associée à la dégénérescence de la larve, marque le début
des signes neurologiques, alors que la larve vivante reste cliniquement
silencieuse. Le parasite vit habituellement 18 mois à 2 ans, mais des survies
dépassent parfois 5 ans. Après la mort du parasite, se produit un processus de
dégénérescence du kyste. Ensuite, apparaît un processus lent de calcification.
Quatre localisations anatomiques sont décrites :
- parenchymateuses : les kystes
habituellement inférieurs à 1 cm de diamètre, sont localisées dans les
hémisphères cérébraux, c’est l’atteinte la plus fréquente, plus de 60% des
patients atteints,
- intra ventriculaires : les kystes
sont trouvés surtout dans le IVème ventricule, un peu moins
souvent dans les ventricules latéraux,
elles représentent 10 à 20% des patients atteints,
- sous-arachnoïdiennes, les kystes
peuvent atteindre 10 cm et plus, car leur développement n’est pas limité par la
pression intracérébrale,
- spinales ou médullaires, localisées
soit dans la moelle, soit dans les espaces arachnoïdiens.
La cysticercose «racémeuse» est
caractérisée par une prolifération de kystes lobulés en «grappes de raisin»,
sans scolex, habituellement située dans le système ventriculaire et les espaces
sous-arachnoïdiens.
4.2. Au niveau de l’œil
La cysticercose peut se rencontrer soit
au niveau des annexes (paupières, conjonctives, orbites), mais ces
localisations sont rares, soit au niveau du globe oculaire de façon plus
fréquente. Il s’agit alors parfois du segment antérieur (iris, chambre
antérieure), mais plus souvent du segment postérieur, dans le corps vitré ou
sous la rétine.
4.3. Au niveau des muscles et du tissu
cellulaire sous-cutané
Souvent méconnues, si elles sont
isolées, les localisations musculaires et sous-cutanées sont souvent dépistées
a posteriori sur une radiographie, en particulier du bassin, sous forme de
calcifications des parties molles. Le dépistage des cysticerques sous-cutanés
est pourtant facile (nodules) permettant la biopsie et l’examen
anatomopathologique qui met en évidence la vésicule entourée d’une réaction
granulomateuse.
5. Manifestations cliniques en fonction des localisations
5.1. Localisation au niveau du système nerveux : la
neurocysticercose
5.1.1. Les tableaux cliniques
La neurocysticercose a une présentation
polymorphe, fonction du siége des lésions, de leur nombre, de la réaction
inflammatoire, et du stade évolutif du parasite. On décrit plusieurs tableaux
cliniques, dominés par trois symptômes : les convulsions, l’hypertension
intracrânienne (HTIC) et l’hydrocéphalie. En pratique, tout signe neurologique
de cause inexpliquée (épilepsie, HTIC, déficits neurologiques, détérioration
intellectuelle) doit évoquer, en zone d’endémie, une neurocysticercose.
Manifestations épileptiques
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Elles sont de tous types,
généralisées ou partielles. La neurocysticercose est une des causes les plus
fréquentes des épilepsies dans les PED. Vingt à 25% des épilepsies inaugurales
de l’adulte à Madagascar sont en relation avec la cysticercose.
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Tableaux d’hydrocéphalie
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Ils évoluent parfois par
poussées avec épisodes d’hypertension intracrânienne aiguë.
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Tableaux de méningo-encéphalite
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Ils peuvent être aigus
avec troubles de la conscience. La pléiocytose dans le liquide
céphalo-rachidien peut atteindre plusieurs dizaines d’éléments
lymphoplasmocytaires avec quelquefois réaction à éosinophiles,
hyperprotéinorrachie et même hypoglycorrachie. Des paralysies des nerfs
crâniens peuvent être rencontrées. On a décrit également des épisodes
d’hémorragies méningées.
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Formes spinales pures
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Les formes spinales pures
sont exceptionnelles. La localisation des kystes parasitaires est variable,
cervicale ou dorsolombaire. Les tableaux cliniques rencontrés sont des para
ou quadriplégies sensitivomotrices.
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Formes asymptomatiques
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Des formes totalement
asymptomatiques ont été rapportées.
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La neurocysticercose est une des
maladies émergentes et ré-émergentes les plus graves dans le monde : 50 000
personnes par an en meurent (OMS). Elle est une des causes les plus fréquentes
de l'épilepsie dans les PED.
5.1.2. Les examens complémentaires
Les examens biologiques sont peu
contributifs : hyper éosinophilie sanguine inconstante, LCR habituellement
peu modifié (pléiocytose modérée avec hyperprotéinorrachie).
Les radiographies du crâne : des
calcifications sont rarement trouvées au moment des manifestations initiales.
Il faut au moins 5 ans pour arriver au stade de calcifications.
La tomodensitométrie (TDM) et l’imagerie par résonance
magnétique (IRM) sont les examens de choix. Bien quelles soient fortement
évocatrices, les images observées à la TDM et à l’IRM ne sont pas
pathognomoniques. Elles permettent de distinguer les diverses localisations
(intra et extra parenchymateuses) et d’étudier l’évolution parasitologique de
la cysticercose dans le SNC, en particulier dans le parenchyme.
Tableau I- Aspects de la cysticercose cérébrale à la
tomodensitométrie
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Formes parenchymateuses
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Trois aspects différents s’observent
en TDM en fonction de la viabilité de la larve.
Lorsque la larve est vivante, la TDM
montre une hypodensité arrondie ou ovalaire de l’ordre du centimètre,
l’absence de paroi, y compris après injection du produit de contraste iodé et
l’absence d’œdème péri focal.
Si la larve est sénescente (ou
mourante), la TDM montre une hypodensité centrale, de l’ordre du centimètre,
une prise de contraste périphérique plus ou moins régulière et épaisse et un
oedème péri focal d’importance variable.
Lorsque la larve est morte,
apparaissent en TDM des calcifications, souvent multiples, arrondies,
homogènes, de quelques millimètres. Il n’y a ni prise de contraste, ni oedème
périphérique.
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Formes intra-ventriculaires
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La TDM révèle la présence d’une
hydrocéphalie obstructive non spécifique.
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Formes sous-arachnoïdiennes
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La TDM décèle une prise de contraste
sous-arachnoïdienne non spécifique.
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L’IRM est préférée car plus sensible que la TDM. Elle
détecte plus facilement les petites lésions intra ventriculaires et visualise
mieux les scolex. Elle permet d’évaluer le caractère dégénératif du kyste. Elle
est rarement praticable en zone tropicale.
5.2. Les localisations oculaires
5.2.1. Les tableaux cliniques.
Les atteintes du globe oculaire sont les plus fréquentes. Les
localisations sont intra-vitréennes et sous rétiniennes. Au niveau du vitré, la
vésicule cernée d’un contour irisé, est animée de mouvements péristaltiques
déclenchés par la lumière. En l’absence de traitement, l’évolution se fait vers
des complications inflammatoires majeures, entraînant décollement de rétine,
hypertonie et cataracte secondaire. Au niveau de la rétine, le kyste siège en
position sous rétinienne. Il entraîne une baisse de l’acuité visuelle. L’aspect
clinique est celui d’une formation kystique translucide, blanc grisâtre ou
blanc jaunâtre. Il est animé de mouvements péristaltiques. En l’absence de
traitement, l’évolution se fait vers une lyse entraînant un décollement
rétinien ou une panuvéite. Les localisations
annexielles sont plus rares. On retient la localisation conjonctivale,
la plus fréquente, réalisant une tuméfaction de 5 à 15 mm de diamètre d’aspect
kystique diaphane, rose ou jaunâtre.
5.2.2. Les examens complémentaires : Le diagnostic des localisations
oculaires est facile si le cysticerque est visible à l’intérieur du globe.
L’échographie en mode B donne des résultats déterminants dans les localisations
sous-rétiniennes ou vitréennes.
5.3. Les localisations musculaires
L’atteinte musculaire est le plus
souvent asymptomatique. Parfois existent des myalgies ou un tableau de myosite
avec douleurs et oedème musculaire. Elle évolue spontanément vers la
calcification. Le diagnostic est alors le plus souvent fait à l'occasion d'une
radiographie.
5.4. Les localisations
sous-cutanées
L’atteinte sous-cutanée est
caractérisée par l’existence de multiples tuméfactions en grain de plomb, peu
adhérentes au tissu adjacent, indolores, siégeant préférentiellement sur le
thorax et le dos. Ces nodules sont faciles à biopsier et doivent être
recherchés systématiquement pour confirmer le diagnostic de cysticercose.
5.5. Les formes généralisées ou disséminées
Ces formes associent des atteintes
cérébrales, oculaires, sous-cutanées, musculaires. Elles peuvent être bruyantes
associant crises comitiales, baisse de l’acuité visuelle, céphalées,
désorientation temporo-spatiale, myalgies, nodules sous-cutanés ou au
contraire, silencieuses, révélées par des calcifications sous forme d’opacités
fusiformes, calcifiées, denses, homogènes lors d'un examen radiologique.
6. Diagnostic biologique
Le diagnostic de certitude est
cliniquement impossible, compte tenu de l’aspect protéiforme des tableaux
cliniques. Seul l’examen ophtalmologique permet d’évoquer le diagnostic en
présence d’un kyste translucide mobile intra-vitréen ou sous-rétinien. Le
diagnostic de la cysticercose est évoqué sur un faisceau d’arguments
épidémiologiques (élevage familial de porcs, péril fécal), clinique
(comitialité, baisse de l’acuité visuelle), biologique (hyperéosinophilie
sanguine), tomodensitométrique (forme cérébrale parenchymateuse). Le diagnostic
biologique fait appel à l’immunologie et à l’anatomie pathologique.
5.1. Diagnostic immunologique
Les techniques immunologiques
consistent à rechercher des anticorps dirigés contre T. solium ou des
antigènes circulants de T. solium dans le sérum et dans le LCR. Les
techniques sont le test de fixation du complément, l'hémagglutinantion
indirecte (HAI), l'agglutination au latex, lEnzyme-linked Immuno Sorbent Assay
(ELISA,) l'Enzyme Linked Immuno-électrotransfert Blot assay(EITB).L'EITB
consiste à détecter les bandes de glycoproteines spécifiques de T. solium.
Sept bandes ont été identifiées pour le diagnostic de T. solium, il
s'agit de glycoproteines de poids moléculaire 13 kilodaltons (kDa), 14 kDa, 18
kDa, 21 kDa,24 kDa, 39-42 kDa et 50 kDa.
La technique ELISA , bien que de
sensibilité et de spécificité plus faibles que celles de l'EITB, est la
technique la plus utilisée car elle est simple, pratique pour le terrain et de
faible coût. L'EITB est très sensible chez les patients présentant des lésions
multiples, mais est moins sensible chez les patients avec des lésions unique ou
calcifiées. Des études pour l'amélioration de la solution d'antigènes ont été
entreprises pour remédier à cet handicap. En utilisant un antigène
glycoprotéique purifié (lentil lectin-purified glycoprotèin ou LLPG), la
spécificité et la sensibilité sont respectivement en EITB dans le sérum de 100%
et de 98%. (détection de 2 kystes ou plus). Deux antigènes, dérivés de
l’antigène glycoprotéique, un synthétique sTS18var1, l’autre recombinant rGP50
devraient permettre un diagnostic de certitude en ELISA dans le sérum et le
LCR.
5.2.
Diagnostic
anatomopathologique
L’examen de choix dans les formes extra-neuronales
de cysticercose est l’examen anatomopathologique des biopsies de nodule
sous-cutané ou intramusculaire. Il met en évidence une vésicule contenant un
liquide et un scolex unique invaginé porteur d’une double couronne de crochets
caractéristiques. Cette vésicule, de la taille d’un grain de riz, est contenue
dans une enveloppe kystique de structure fibreuse pouvant mesurer de 0,5 à 2 cm
de long.
L'examen anatomopathologique est le
seul examen permettant un diagnostic de certitude par l'identification du
cysticerque.
5.3. Technique d'amplification de l'ADN
La
PCR permet de différencier l'infection à T. solium de l'infection à T.
saginata. Elle permet aussi de confirmer les cas de cysticercoise à T.
solium.
6. Traitement
Le traitement cestocide a modifié
l’évolution de la cysticercose, en particulier dans les atteintes cérébrales.
6.1. Les médicaments cestocides : deux sont actifs
- le praziquantel (BILTRICIDE®), présenté en comprimés quadri-sécables, dosés à 600 mg. La
posologie est de 50 mg/kg/j en 2 prises, en cures de 15 jours,
- l’albendazole (ZENTEL®), présenté en
comprimés dosés à 200 mg ou en suspension buvable dosée à 100 mg par cuillère à
café (flacon de 20 ml contenant 400 mg d’albendazole). La posologie est de 15
mg/kg/j en cures de 15 jours.
Actuellement, la préférence va à
l’albendazole plus actif et moins onéreux que le praziquantel.
6.2. Les médicaments anti-inflammatoires. Les
traitements cestocides peuvent entraîner des poussées d’hypertension
intracrânienne d’où la nécessité d’y associer une corticothérapie, à commencer
trois jours avant le traitement cestocide, sous forme de prednisolone per os, 1
mg/kg/j pour une durée totale de 5 jours. Le traitement anti-inflammatoire doit
être associé au traitement cestocide en cas d’encéphalite ou de myosite.
6.4. Le traitement anticonvulsivant. A base de
phénytoïne ou de carbamazépine, il est indiqué pour traiter les états
convulsifs ou les prévenir. Le risque épileptogène est maxima au moment de la
dégénérescence des kystes. La pratique courante veut que l’on prescrive un
traitement anticonvulsivant jusqu’à deux ans après la dernière crise
épileptique.
6.3. Le traitement selon la localisation
6.3.1. Traitement de la neurocysticercose. Le traitement médical est efficace dans
les formes parenchymateuses et celles-ci ne justifient que rarement une exérèse
chirurgicale ; cependant, un geste de biopsie stéréotaxique peut être
réalisé à visée diagnostique. L’efficacité du traitement peut être évaluée
grâce à un contrôle radiologique (TDM ou IRM) après 3 mois. La sensibilité des
kystes peut être sélective à l’un ou l’autre des 2 cestocides. En début de
traitement, on y associe une courte corticothérapie afin de lutter contre
l’œdème et la réaction inflammatoire péri-kystique lors de la mort de la larve.
Les kystes intra ventriculaires uniques peuvent être extirpés chirurgicalement
lorsqu’ils sont accessibles et cela peut éventuellement se faire en condition
stéréotaxique. Les hydrocéphalies sont dérivées soit par shunt
ventriculo-péritonéal, soit par shunt ventriculo-atrial. Le traitement
anti-épileptique symptomatique est indispensable, même après traitement
curatif, les larves calcifiées restant épileptogènes. Il faut insister sur les
difficultés du traitement de la neurocysticercose. Le suivi prolongé des
patients, souvent non réalisable dans les PED, montre :
- un risque de récidive, malgré les
schémas thérapeutiques classiques par albendazole ou praziquantel (cures de 15
jours),
- l’intérêt, en cas de récidive, de
cures séquentielles prolongées d’albendazole ou de praziquantel, vu la
possibilité d’une sensibilité de certains kystes à chacun des médicaments pour
un même patient.
6.3.2. Traitement de la cysticercose oculaire. Le traitement médical et le traitement
chirurgical sont toujours associés. Ce dernier nécessite l’extraction de la
larve en évitant la rupture du kyste génératrice de réactions inflammatoires
majeures. Il faut insister sur l’importance d’un examen ophtalmologique
systématique avant tout traitement cestocide, compte tenu de la grande quantité
d’antigènes libérée en cas de traitement avec des réactions inflammatoires et
des phénomènes de nécrose tissulaire pouvant conduire à la perte de la vision.
6.3.3. Traitement des autres localisations. Il est essentiellement médical.
6.
Prophylaxie
La prophylaxie de la cysticercose est
basée sur l’épidémiologie. Une bonne politique de lutte contre la cysticercose
doit impérativement intégrer en premier lieu le traitement de la taeniose. Le
traitement de masse par le praziquantel à la dose de 10 mg/kg en une seule
prise est logique, compte tenu que le diagnostic de la taeniose à T. solium est rarement fait. Il
déparasite les porteurs de Tænia solium
disséminateurs d’œufs.
Les mesures spécifiques comportent,
outre le déparasitage des porteurs de T. solium,
la lutte contre le péril fécal, le renforcement de l’hygiène des aliments et de
l’eau, le contrôle des élevages de porcs, l’interdiction de l’abattage
clandestin des porcs, l’inspection vétérinaire des viandes.
L’information du public et des soignants, la formation
des personnels de santé, la surveillance épidémiologique, la recherche
appliquée à la lutte et au diagnostic de la cysticercose complètent ces mesures
spécifiques. L’éducation sanitaire repose sur la modification des habitudes
alimentaires (cuisson suffisante de la viande de porc) et sur la lutte contre
le péril fécal pour stopper la transmission féco-orale (latrines, lavage des
mains). L’éradication de la ladrerie du porc repose sur le traitement des porcs
par l’oxfendazole (30 mg/kg en prise unique), l’amélioration des conditions
d’élevage et la surveillance de la viande de porc aux abattoirs. Cette lutte a
permis de faire disparaître la cysticercose dans les pays tempérés comme le
Portugal, et d’entraîner une chute importante de la prévalence dans des pays
tropicaux, comme à La Réunion.
Des vaccins offrent un outil potentiel pour aider à
contrôler la transmission du parasite : la vaccination des porcs est une
stratégie d'intervention à l'étude.
La cysticercose devrait être une maladie à déclaration
obligatoire, ce qui aurait l’avantage de faciliter la mesure de l’incidence et
de la prévalence de la maladie dans le monde.
Références
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Iconographies
Cycle de la cysticercose
Géographie de la
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