Mycoses profondes
Actualités 2010
Professeur. Pierre Aubry. Mise à jour le 07/01/2011
1. Généralités
Les mycoses profondes occupent une
place de plus en plus importante dans la pathologie infectieuse.
On
distingue :
-
les mycoses profondes cosmopolites, infections opportunistes : candidoses,
cryptococcoses, aspergilloses, pneumocystose,
- les mycoses profondes tropicales avec formes de
dissémination (histoplasmoses, coccidioïdomycose, pararacoccidioïdomycose,
blastomycose, sporotrichose, pénicilliose) ou sous-cutanées (chromomycoses,
mycétomes fungiques, zygomycoses).
1.2. L’organisme hôte
et les facteurs le modifiant
Le
tableau clinique des mycoses profondes diffère selon l’immunité du sujet. Le
rôle de l’immunodépression a été reconnu d’abord dans les hémopathies malignes
et les transplantations d’organes, puis chez les héroïnomanes (syndrome de
candidose grave en 1980-1985) et depuis 1981 dans l’infection à VIH/Sida, cause
d’infections opportunistes fongiques.
1.3. Le diagnostic
mycologique actuel
A
côté du diagnostic direct classique (isolement, colorations spéciales [HES,
PAS, Gomori-Grocott], culture sur milieu de Sabouraud), il faut insister sur le
diagnostic indirect immunologique : recherche d’anticorps, détection
d’antigènes solubles polysaccharidiques (en particulier pour les
cryptococcoses) et sur le diagnostic par amplification génique.
1.4. Les stratégies
thérapeutiques actuelles
Si l’amphotéricine B [AmB] désoxycholate reste le
médicament de référence (inconvénient majeur : toxicité rénale), les
azolés (kétoconazole, fluconazole, itraconazole, voriconazole, posaconazole),
la terbinafine par voie orale, puis les echinocandines (caspofungine, anidulafungine, micafungine) ont
modifié les indications thérapeutiques des mycoses profondes. La 5-fluorocytosine
[5 FC] n’est pas utilisé en monothérapie. L’association antifongique AmB + 5 FC
est synergique. Le coût élevé de l’amphotéricine B liposomiale rend ce
médicament difficilement accessible aux pays pauvres et fait limiter ailleurs
son utilisation aux insuffisants rénale ou aux formes cliniques mettant en jeu
le pronostic vital. Cependant, la baisse récente du prix de l'amphotéricine B
liposomiale, grâce à un accord entre l'OMS et la firme Gilead Sciences, devrait
faciliter sa prescription. Nouvelle
famille d'antifongiques systémiques, les échinocandines sont uniquement
utilisables par voie intraveineuse.
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DCI
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Nom générique
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Formes galéniques
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Posologie/jour
(adulte)
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Amphotéricine
B désocycholate
Amphotéricine
B liposomiale
Flucytosine
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FUNGIZONE®
AMBISOME®
ANCOTIL®
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Poudre
injectable 50 mg
Flacon
50 mg
Comprimé
500 mg
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1mg/kg
3 mg/kg
150
mg/kg
|
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Kétoconazole
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NIZORAL®
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Comprimé
200mg,
Suspension
buvable
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100
à 400mg
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Itraconazole
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SPORANOX®
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Comprimés
100 mg
Solution
orale
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200
à 600 mg
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Fluconazole
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TRIFLUCAN®
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Gélules
100 et 200 mg
Solution
orale
Flacon
IV 100 et 200 mg
|
50 à 800 mg
|
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Voriconazole
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VFEND®
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Comprimés
à 50 et 200 mg
Suspension
buvable
Solution
pour perfusion IV à 200 mg
|
400
mg à J1, 200 mg ensuite
6
mg/kg toutes les 12 heures pendant 24 heures, puis 4mg/kg toutes les 12
heures
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Posaconazole
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NOXAFIL®
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Suspension buvable 40 mg/ml
|
400 mg 2 fois par jour
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Terbinafine
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LAMISIL®
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Comprimés
250 mg
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500 mg
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Caspofungine
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CANDIDAS®
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Flacons de 70 et 50 mg par voie IV
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70 mg/j le premier jour, puis 50 mg/j
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2. Etude des
différentes mycoses profondes ou systémiques
2.1. Les mycoses
profondes cosmopolites opportunistes
2.1.1. Les candidoses
profondes
2.1.1.1.
Généralités
Elles
sont dues à des levures. Candida albicans
est la levure le plus souvent impliquée, mais les espèces non albicans sont de plus en plus
souvent rapportées dans les infections disséminées. Ce sont des saprophytes de
la peau et du tube digestif (Candida
albicans est une levure commensale des muqueuses digestive et vaginale). Ce
sont des agents opportunistes qui n’expriment leur pouvoir pathogène qu’en
présence de facteurs de risque : maladies malignes, iatrogéniques,
diabète, infection à VIH/Sida. Les principales portes d’entrée sont les
effractions vasculaires (ex : cathéters) et le tube digestif.
2.1.1.2.
Clinique
Selon
la localisation, on distingue :
-
candidose oro-pharyngée : muguet, perlèche,
-
candidose œsophagienne : dysphagie, douleurs rétrosternales, de diagnostic
endoscopique,
-
candidose péritonéale : contamination à partir du tube digestif
(perforation, intervention chirurgicale),
-
candidose pancréatique : au cours d’une pancréatite nécrosante,
-
candidose biliaire : cholécystite alithiasique, cholangite,
-
candidose urinaire : candidurie (valeur si sonde urinaire ?),
- candidoses septicémiques : syndrome septique non
spécifique avec manifestations cutanées (maculo-papules), oculaires (nodules
rétiniens blanchâtres au fond d’œil), neurologiques (méningites),
ostéoarticulaires, hépatospléniques, … chez des malades de réanimation,
d’onco-hématologie (aplasies), dans les transplantations d’organes, les grands
brûlés, …
-
candidose oculaire après fongémie : la plupart des cas sont cliniquement
asymptomatiques, d'où la nécessité d'un examen ophtalmologique après fongémie,
-
aspects particuliers dans l'infection à VIH/Sida : candidoses
oro-pharyngée et œsophagienne.
2.1.1.3. Diagnostic
Le
diagnostic de candidose invasive est difficile. Il est basé sur :
- isolement des levures : hémocultures,
l’interprétation d’une culture positive doit toujours être confrontée à la
clinique et à la présence de facteurs de risques,
-
examen anatomopathologique avec coloration de Gomori-Grocott,
- sérodiagnostic indirect : recherche d'anticorps anti candida.
Il faut suivre la cinétique du taux des anticorps pour différencier
colonisation et infection, et sérodiagnostic direct par recherche d'antigènes
de type mannane, composant majeur de la paroi des candida.
- PCR
2.1.1.4.
Traitement
Traitement par voie parentérale : AmB désoxycholate 0,7-1
mg/kg ou voriconazole chez les malades neutropéniques, relais par fluconazole
ou voriconazole per os; fluconazole IV puis per os chez les malades non
neutropéniques.
La caspofungine est le traitement de première intention dans
les candidoses invasives dans les pays développés chez les patients non
neutropéniques ou neutropéniques.
2.1.1.5.
Prophylaxie
La prévention est indiquée chez l’adulte exposé à une
neutropénie sévère et prolongée (leucémies aiguës, allogreffe de cellules
souches hématopoïétiques)
2.1.2.
Les Cryptococcoses
2.1.2.1. Généralités
Elles sont dues à une levure encapsulée, Cryptococcus neoformans, avec 3
variétés : neoformans, grubii et
gattii de répartitions géographiques
différentes;:
- grubii et neoformans :
cosmopolites (grubii : USA,
neoformans : Europe), retrouvées
dans les déjections de pigeons, les fruits, le lait ;
-
gattii : régions tropicales,
isolées dans les pollens d’eucalyptus, les déjections de koalas en Australie
La prévalence est élevée : 80% des sujets ont des
anticorps anti-C. neoformans, en
l’absence de cryptococcose.
La
porte d’entrée est habituellement pulmonaire, une porte d’entrée cutanée est
possible,
C'est l'infection à VIH/Sida qui est devenue le principal
facteur favorisant de la cryptococcose et qui a complètement modifié
l'épidémiologie de la cryptococcose dans le monde. La cryptococcose
extra-pulmonaire est une infection définissant le stade sida, souvent
révélateur de l'infection par le VIH. La cryptococcose est plus fréquente en
Afrique centrale et orientale qu’en Afrique de l’ouest.
2.1.2.2. Clinique
L'atteinte
est le plus souvent disséminée avec lésions inaugurales intéressant les
méninges ou les poumons :
-
méningo-encéphalite avec particularités : fièvre et signes méningés
inconstants ; LCR classiquement clair, hypertendu, pauci cellulaire,
lymphocytaire avec hypoglycorachie et hyperprotéinorachie, parfois
normal ; voire méningite asymptomatique ;
-
pulmonaire avec toux, dyspnée et à la radiographie : pneumopathie interstitielle
bilatérale, mais aussi lésions nodulaires ou abcédées et pleurésies,
-
autres localisations : cutanée (papules ou nodules ombiliqués aux régions
découvertes), oculaire, sinusienne, médullaire, ganglionnaire, splénique,
digestive, urogénitale, plus rarement osseuse ou cardiaque, localisations plus
ou moins associées, réalisant la forme disséminée.
2.1.2.2.
Diagnostic
- prélèvements : LCR, mais aussi LBA, liquides de
drainage (sinus), urines, sang.
- examen direct : levures sphériques de 4 à 8 µ entourées
d’un halo clair (coloration à l’encre de Chine)
- détection de l’antigène soluble polysaccharidique
(Ags) : agglutination de particules de latex (sérum, LCR)
- cultures sur milieu de Sabouraud (LCR, broyats de
biopsies, sang) [examen de référence]
- examen cytologique et anatomopathologique :
- cytologie des liquides (LCR, LBA ou des ponctions (ganglions,
…) : coloration à l’encre de Chine (capsule autour des levures de 4 à 8 µ
de diamètre sous forme d’un halo clair) ou MGG, PAS, bleu Alcian (réaction
granulomateuse avec macrophages contenant des levures encapsulées),
-
histologie des biopsies (peau, …) : granulome avec présence de levures
encapsulées (coloration HES, PAS, Gomori-Grocott)
2.1.2.3.
Traitement
Protocole d'une méningo-encéphalite chez un VIH positif
- traitement d’induction : AmB désoxycholate 0,7 à
1mg/kg/j + 5 FC 100 mg/kg/j pendant 15 jours si activité clinique et biologique
(LCR) ou fluconazole : 400 mg/j
- traitement de consolidation : fluconazole 400 mg x 8
à 10 semaines
- traitement d’entretien : fluconazole : 200 mg
Au traitement antifongique, il faut associer si la pression
d'ouverture du LCR à la PL est supérieure à 25 cm d’eau, des ponctions
lombaires évacuatrices dont le but est de ramener la pression à la normale. En
cas d'échec ou si l'hypertension est majeure (plus de 40 cm H20), il faut
envisager une dérivation du LCR.
La
cryptococcose extra méningée isolée chez un VIH positif est traitée par le
fluconazole.
Le traitement
ARV ne doit pas être débuté avant un traitement antifongique de 4 à 6 semaines
et avant la négativation des cultures au contrôle. De même, il faut avoir la
preuve mycologique de l'absence de cryptococcose avant de débuter un traitement
par les ARV.
2.1.2.4.
Prophylaxie secondaire
Prophylaxie
à vie en cas d’infection à VIH/Sida par fluconazole 200 mg/j (sauf si sida sous
trithérapie)
2.1.3. Les aspergilloses
2.1.3.1. Généralités
Les aspergilloses sont dues à des champignons filamenteux
saprophytes cosmopolites du sol, opportunistes, produisant des spores,
disséminées par voie aérienne et donc inhalées.
Espèces les plus fréquentes : Aspergillus fumigatus (ubiquitaire), A. flavus, le plus souvent tropical (cultures céréalières,
plantations d’arachides), A. niger et A nidulans (cosmopolites) et A. terrens (régions chaudes
tropicales : greniers à grains, exploitations de coton).
On note une augmentation de l’incidence depuis 20 ans en
Afrique : infection à VIH/Sida (CD4 < 50 mm3), tuberculose
2.1.3.2. Clinique
Trois formes cliniques :
- aspergillose pulmonaire intra cavitaire : masse
mycélienne (aspergillome) dans une cavité broncho-pulmonaire (tuberculose,
abcès, bulle d’emphysème, cavité séquellaire de pneumocystose), unique ;
siégeant au lobe supérieur, latente ou révélée par des hémoptysies et une image
en grelot à la radiographie pulmonaire,
- aspergillose broncho-pulmonaire allergique (ABPA),
résultat d’une réaction inflammatoire d’origine immunologique, et dont le
traitement est basé sur les antifongiques et sur la corticothérapie par voie
générale, avec le risque de complications, en particulier de tuberculose en
zone d’endémie tuberculeuse,
- aspergillose
pleurale toujours secondaire à une fistule bronchopleurale et dont le principal
symptôme est l'hémoptysie,
- aspergillose
pulmonaire invasive du malade neutropénique (chimiothérapie, greffe de moelle,
sida, corticothérapie ou immunosuppresseurs au long cours, …) : fréquence des
hémoptysies, lésions radiologiques nodulaires avec flou péri lésionnel en verre
dépoli ; autres localisations : cérébrale, ophtalmologique,
sinusienne, osseuse, endocardique observée en particulier chez les
transplantés d’organe (en particulier de moelle osseuse)
2.1.3.3.
Diagnostic
-
radiographie, scanner pulmonaire,
-
LBA : examen direct (filaments mycéliens septés de 2 à 4 µm de diamètre,
-
cultures sur milieu de Sabouraud, actuellement milieux gélosés au malt
- histologie : permet le diagnostic de
genres
- sérodiagnostic indirect : détection des anticorps à
partir d'antigènes d'A. fumigatus (dépistage par HAI, confirmation par
IEF); sérodiagnostic direct : détection d'antigènes (antigène galactomannane d'Aspergillus
spp.).
-
PCR
2.1.3.4.
Traitement
Traitement conventionnel : AmB désoxycholate (1 à 1,7 mg/kg/j, dose totale : 1,5 à 4
g) ou AMB liposomiale [Ambisome®] 5 mg/kg/j pendant 2 semaines, puis 3 mg/.
Parmi les azolés, le voriconazole a montré une supériorité
sur le traitement conventionnel par l'ampho B dans la prise en charge des
aspergilloses invasives.
La caspofungine est recommandée en traitement de seconde
intention chez les patients réfractaires ou intolérants à l'AmB, aux
formulations lipidiques d'ampho B et/ou à l'itraconazole. Sa place en
monothérapie en cas d'échec du voriconazole n'est pas précisée.
En cas d'aspergillome : chirurgie
2.1.3.5. Prophylaxie secondaire
Si
aspergillose invasive : AmB ou itraconazole.
2.1.4. La pneumocystose
2.1.4.1.
Généralités
Pneumocystis
jirovecii (anciennement P.
carinii) est un
champignon de la famille des Ascomycètes.
La pneumocystose, qui a révélé l’infection à VIH/Sida aux USA en 1981, est une
des étiologies essentielles des affections pulmonaires au cours du sida. Sa
rareté, signalée dans le sida africain dès 1983, n’était qu’apparente, liée à
des difficultés d’examens complémentaires (recueil du LBA, colorations
spéciales).
Chez un sujet
immunocompétent, P. jirovecii
est rapidement détruit par les macrophages. La maladie touche donc les sujets
immunodéprimés atteints d’immunodépressions congénitales ou acquises ou sous
traitements immunosuppresseurs. Elle atteint les adultes VIH positifs avec
moins de 200 CD4/mm3 et les
enfants ayant moins de 450 CD4/mm3. La pneumocystose est fréquente chez
l’enfant africain.
La transmission
serait aérienne par inhalation. Les sources d’infection sont inconnues.
2.1.4.2. Clinique
La forme typique est marquée par la triade fièvre,
toux sèche, dyspnée d'aggravation progressive évoluant depuis 3 semaines à 1
mois. L'auscultation est habituellement normale contrastant avec l'importance
des anomalies radiologiques. L'aspect radiologique est celui d'un infiltrat
interstitiel bilatéral diffus, parfois associé à des images kystiques, un
aspect en rayon de miel, voire à un pneumothorax.
Les
signes cliniques peuvent être plus discrets et évoluer sur plusieurs semaines
ou mois. La radiographie pulmonaire peut alors être normale dans 5 à 30% des
cas.
A
l'opposé, les formes vues tardivement se présentent avec d'emblée une
insuffisance respiratoire aiguë et un aspect radiologique de « poumons
blancs ».
Les
formes extra-pulmonaires sont exceptionnelles.
2.1.4.3. Diagnostic
-
coloration de Gomori-Grocott du LBA : elle
montre des kystes formant des conglomérats très denses, colorés en brun
ou en noir sur fond vert, de 3,5 à 5 µm de diamètre, avec une morphologie
arrondie ou en cupule,
- anticorps monoclonaux spécifiques de Pneumocystis
jirovecii : détectent le
parasite,
- techniques de biologie moléculaire permettent de mettre en
évidence le parasite dans le LBA et dans le liquide de rinçage oropharynx
(LROP), ce qui évite la fibroscopie bronchique, qui peut être de réalisation
difficile, en particulier chez l’enfant.
2.1.4.4.
Traitement
Il fait appel au
cotrimoxazole associant triméthoprime et sulfaméthoxazole, 20 mg/kg/j de TMP et
100 mg/kg/j de SMX, par voie orale ou 15 mg/kg/j de TMP et 75 mg/kg/j de SMX
par voie IV, en 4 prises ou en 4 perfusions courtes pendant 21 jours. Cette
thérapeutique entraîne de nombreux effets secondaires : fièvre, signes
cutanés d’intolérance, agranulocytose. Ces effets secondaires sont
particulièrement fréquents chez les sujets atteints de sida.
2.1.4.5.
Prophylaxie
La prophylaxie
primaire consiste en une prise de cotrimoxazole (160 mg de TMP et 800 mg de
SMX) sous forme de Bactrim ® forte tous les jours ou trois fois par semaine,
prévention de faible coût, de grande acceptabilité et d’efficacité reconnue,
mais non dépourvu d’effets secondaires.
La prophylaxie
secondaire peut être arrêtée chez les patients infectés par le VIH qui
reçoivent un traitement ARV et dont les CD4 sont remontés et restent >
200/mm3
2.2. Les mycoses
profondes tropicales avec formes de dissémination
2.2.1. Les
histoplasmoses
Il existe deux formes d'histoplasmose :
- l'histoplasmose américaine à Histoplasma capsulatum variété
capsulatum ou histoplasmose à petites formes ou maladie de Darling,
- l'histoplasmose africaine à Histoplasma capsulatum variété
duboisii ou histoplasmose à grandes formes.
2.2.1.1. L’histoplasmose américaine (syn : histoplasmose à
petites formes)
2.2.1.1.1. Epidémiologie
Il
s’agit d’une mycose profonde cosmopolite due à un champignon dimorphique
encapsulé : Histoplasma capsulatum
var. capsulatum (forme levure non
infectante chez l’homme infecté, forme mycélienne infectante dans le milieu
extérieur et en culture).
Le
champignon est sur le sol, dans les fientes d’oiseaux et le guano des
chauves-souris (grottes). La contamination se fait par inhalation des spores
présentes dans le sol contaminé.
Il
s’agit d’une infection opportuniste au cours du sida. Les zones d’endémie sont
l’Amérique du nord (centre et sud-est des USA), l’Amérique centrale et du sud,
les Antilles, l’Afrique tropicale et l’Afrique du sud, l’Asie et l’Océanie
(Nouvelle-Calédonie).
2.2.1.1.2. Clinique
On
décrivait trois stades à l'histoplasmose américaine, comparant son évolution
clinique à celle de la tuberculose : le stade I de primo-infection, le stade II
ou de dissémination (forme disséminée par voie hématogène), le stade III ou de
réinfection endogène ou exogène.
Avec
les auteurs américains, on décrit actuellement, à côte de l'histoplasmose asymptomatique, trois formes cliniques : l'histoplasmose
pulmonaire aiguë et chronique et leurs complications et l'histoplasmose
disséminée.
- L'histoplasmose asymptomatique
est la plus fréquente : 50 à 90% des cas, découverte rétrospectivement par une
IDR à l'histoplasmine (IDR-H) positive et/ou par des calcifications pulmonaires
ou spléniques sur une radiographie du thorax ou de l'abdomen sans préparation.
- L'histoplasmose pulmonaire aiguë représente 60% des infections symptomatiques. Sa
symptomatologie varie avec l'importance de l'exposition au champignon (faible
ou fort inoculum). La radiographie thoracique montre des infiltrats nodulaires
plus ou moins diffus et des adénopathies médiastinales.
- L'histoplasmose pulmonaire chronique représente 10% des infections symptomatiques. Elle se voit
chez des sujets présentant une pathologie pulmonaire sous-jacente. La
radiographie thoracique montre des condensations parenchymateuses excavées
(forme cavitaire) avec des adénopathies médiastinales, associées ou non à une
réaction pleurale.
Dans
les régions où l'histoplasmose américaine est endémique, on décrit de rares
complications médiastinales avec des signes de compression
bronchique, œsophagienne, vasculaire.
Des
manifestations cliniques inflammatoires : péricardite, syndromes
rhumatologiques sont rapportés chacune dans 10% des cas. Leur évolution est
favorable sous traitement anti-inflammatoire.
Il
faut isoler la forme nodulaire ou pseudotumorale ou histoplasmosme (1%
des formes symptomatiques) qui se voit chez le sujet apparemment sain et qui se
traduit par une ou plusieurs opacités arrondies, homogènes, de 1 à 4 cm de
diamètre sans adénopathie satellite. Cette forme est bien connue chez les
militaires servant en Guyane française et faisant de nombreux exercices en
forêt profonde. Il faut éliminer les autres étiologies des opacités rondes
pulmonaire (diagnostic différentiel avec un cancer broncho-pulmonaire, une
tuberculose, ...)
- L'histoplasmose disséminée
est une infection opportuniste
chez un sujet immunodéprimé. Chez le
sujet VIH positif, elle définit le stade sida. Le taux des CD4+ est
inférieur à 100/mm3. Elle se caractérise par une atteinte marquée de l’état
général, des localisations diffuses : pulmonaires (syndrome interstitiel
ou reticulomicronodulaire), neurologiques (méningite), digestives (entérite ou
entérocolite), hépatiques, cutanées (papules ombiliquées avec tendance à
l’ulcération), muqueuses (ulcérations de la langue, du palais), une
pancytopénie, une insuffisance surrénalienne. Elle réalise au cours du sida la
forme septicémique polyviscérale. L’évolution spontanée est mortelle.
L’histoplasmose disséminée est, avec la tuberculose et la candidose
œsophagienne, l’infection opportuniste la plus fréquente au cours du sida en
Guyane française
2.2.1.1.3. Diagnostic
Il
est mycologique :
-
prélèvements : recherche de champignons dans l’expectoration, le LBA, le
sang, la moelle osseuse, les frottis ou les biopsies des lésions cutanées ou
muqueuses, les biopsies (ganglions, foie, rate, tube digestif), liquides
biologiques (LCR, urine).
-
examen direct : à la coloration de Giemsa, petits éléments lévuriformes,
réfringents, apparaissant limités par une pseudo capsule, intra macrophagiques,
ovalaires ou ronds, de 3 à 4 µ de diamètre,
-
culture sur milieu de Sabouraud avec hotte de haute sécurité (spores) :
filaments caractéristiques portant des spores ; développement lent en 10 à
30 jours.
-
diagnostic anatomopathologique : cytologie (coloration de Giemsa),
histologie : granulome tuberculoïde avec des levures apparaissant en noir
au Gomori-Grocott chez l’immunocompétent, granulome histiocytaire riche en
levures chez l’immunodéprimé.
Dans
la forme disséminée, le diagnostic se fait par la mise en évidence des
histoplasmes intra macrophagiques dans le sang périphérique par coloration au
MGG
-
sérologie : détection des anticorps utile au diagnostic, même si ces
anticorps sont parfois absents chez un malade avec sida. Détection d'antigène
spécifique d'H. capsulatum (sang, urines), technique la plus spécifique
et très sensible, mais disponible seulement aux USA.
- identification
moléculaire : PCR de grand intérêt chez les immunodéprimés
2.2.1.1.4. Traitement
l
est basé sur l’AmB desoxycholate (0,7 à 1 mg) ou l’itraconazole (200mg, 2
fois/j). Seules les formes symptomatiques sont traitées. L'histoplasmose
pulmonaire aiguë est traitée si la durée des symptômes dépasse 4 semaines par
l'itraconazole ou si la symptomatologie est d'emblée sévère par l'AmB
désoxycholate pendant 1 à 2 semaines, suivie de l'itraconazole pendant 12
semaines. L'histoplasmose pulmonaire chronique est traitée par l'itraconazole
pendant 18 à 24 mois, vu le risque de rechute. Les complications médiastinales
ne nécessitent un traitement antifongique que si les symptômes nécessitent une
corticothérapie. L’histoplasmose disséminée au cours de l’infection à VIH/Sida
est traitée par l'Amb desoxycholate ou l'AmB liopsomiale (formes sévères,
méningite) jusqu'à amélioration clinique, puis par l'itraconazole en traitement
de consolidation et en traitement d'entretien tant que les CD4+ sont <
150/mm3.
Il
ne faut pas administrer un traitement par ARV avant que l'infection fongique
soit contrôlée, soit après au moins 4 semaines de traitement antifongique.
2.2.1.2.
L’histoplasmose à Histoplasma capsulatum
var. duboïsii (syn :
histoplasmose à grandes formes, histoplasmose africaine)
2.2.1.2.1 Epidémiologie
C'est
une maladie de l’Afrique intertropicale, du Sahara à l’Afrique du sud,
rapportée à Madagascar, elle due à un champignon dimorphique Histoplama capsulatum var. duboïsii,
dont l’épidémiologie reste inconnue. C'est une maladie rare : 300 cas
avaient été rapportés dans la littérature en 2000. Elle reste exceptionnelle
chez les patients infectés par le VIH et n’est pas considérée comme une
infection opportuniste de l’infection à VIH/Sida; cependant, des cas sont
actuellement rapportés : il faut donc
pratiquer une sérologie VIH devant toute suspicion d'histoplasmose
africaine.
2.2.1.2.2. Clinique
La
maladie peut être localisée ou disséminée :
- localisée
à la peau (papules ombiliquées, nodules, abcès, gommes, ulcérations), aux os
entraînant des lésions lytiques (vertèbres, crâne, tibia, fémur), aux ganglions
(adénopathies volontiers fistulisées), ces trois localisations pouvant être
associées chez le même malade,
- disséminée
avec, associées aux localisations cutanée, osseuse et ganglionnaire, des
atteintes viscérales, pulmonaire, digestive (atteinte de la langue, de
l'intestin grêle), hépatosplénique, chez des sujets VIH négatifs ou sur un
terrain d’immunodépression, évoluant spontanément vers la mort
2.2.1.2.3. Diagnostic
Les
prélèvements examinés sont essentiellement des biopsies cutanées,
ganglionnaires, osseuses et de ponctions d'abcès.
L'examen
direct est primordial. Il montre des levures de grande taille, intracellulaires,
de 8 à 15 µ de diamètre, avec une paroi épaisse et très réfringente (aspect
pseudo encapsulé en verre de montre), Cet aspect est retrouvé dans les cultures
avec l'association de levures ovalaires en citron de grande taille (8 à 15 µ),
qui sont les plus nombreuses et de formes plus petites (de 2 à 5 µ).
L'aspect histologique
est identique.
2.2.1.2.4.
Traitement.
Il est basé sur l'AmB desoxycholate et l’itraconazole. Le
traitement d'attaque est de quatre semaines suivi d'un traitement d'entretien.
La terbinafine a été utilisée avec succès dans de rares
observations.
L'exérèse
chirurgicale des lésions est parfois nécessaire, car le processus nécrotique
peut conduire à la formation d'abcès ou de fongosités rendant le traitement
médical seul inefficace.
Les
récidives tardives ne sont pas rares, nécessitant une surveillance prolongée
après la fin du traitement.
2.2.2. La
coccioïdomycose ou maladie de Pasadas et Wernicke
Elle
est due à un champignon dimorphique, Coccidioïdes
immitis, présent dans le sol des régions chaudes, sèches, désertiques et
semi-désertiques du continent américain (atmosphère poussiéreuse et vents de
sable).
Elle
pose un problème de santé publique dans certains états des USA où l’on dénombre
100 000 nouveaux cas par an. C’est une infection opportuniste du sida :
jusqu’à 10% des séropositifs peuvent développer, en zone d’endémie, une
coccioïdomycose aiguë.
La contamination se fait par inhalation.
La maladie évolue sous 2 formes :
- primaire, inapparente dans 60% des cas (IDR positive) ou
syndrome grippal (40%) ou atteinte pulmonaire (nodule),
-
disséminée : pulmonaire (miliaire), méningée, cutanée et sous cutanée avec
lésions fistulisées, chez les sujets immunodéprimés, les femmes enceintes,
certains groupes ethniques (noirs, indiens).
Le
diagnostic est mycologique : prélèvements : LBA, pus, sang, biopsies
cutanées ; colorations : PAS, HES, Gomori-Grocott et sérologique
(électrosynérèse).
Le
traitement est basé sur l‘itraconazole.
2.2.3. La
paracoccioïdomycose (ou blastomycose sud-américaine)
Elle
est due à un champignon dimorphique Paracoccidioides
brazilensis. C’est une maladie du continent américain (Amérique centrale et
du sud, à l’exception du Chili), touchant en particulier les zones forestières
et humides du Brésil et les zones productrices de café. Le champignon vit dans
le sol et la contamination se fait le plus souvent par voie aérienne. C’est une
infection opportuniste du sida (Brésil). La maladie peut être asymptomatique.
Elle
peut présenter 2 formes cliniques :
- une forme chronique : atteinte pulmonaire avec
toux, grandes opacités à la radiographie, cutanée et buccale, la plus courante,
- une forme aiguë, mortelle dans 3 à 5% des cas, avec
atteinte de la peau (papulopustules, lésions nodulaires végétantes, placards
infiltrés), atteinte muqueuse (bouche, amygdales, larynx, conjonctive, nez,
anus), atteinte multiviscérale : ganglions, rate, foie, intestin,
surrénales, cœur, os, appareil génito-urinaire, méninges.
Le
diagnostic différentiel se pose avec la tuberculose, mais l'association
para-cocciodomycose/tuberculose est fréquente (15à 20% des cas).en zone
d'endémie.
Le
diagnostic de certitude est mycologique :
-
prélèvement : peau, muqueuses, expectoration, biopsies.
-
examen direct : levures arrondies de 2 à 10 µ (peuvent atteindre 50 µ)
-
culture sur milieu de Sabouraud.
Le
traitement est basé sur l'ampho B et les dérivés azolés (itraconazole, prescrit
pendant au moins un an).
2.2.4. La
blastomycose (ou blastomycose nord américaine ou maladie de Gilchrist)
Elle
est due à un champignon dimorphique, Blastomyces
dermatitidis. Elle est endémique en Amérique (USA, Canada, Mexique),
sporadique en Afrique du nord, en Afrique centrale et australe (Zimbabwe), en
Inde, au Moyen-Orient.
Le
champignon se trouve dans le sol et la contamination se fait par inhalation, mais aussi par inoculation cutanée,
les animaux pouvant être atteints (chiens, chats, …) et transmettre la maladie
(morsure, piqûre, égratignure).
En
Amérique du nord, l’atteinte pulmonaire secondaire à l’inhalation est la forme
la plus fréquente. En Afrique, l’atteinte osseuse est prédominante. L’atteinte
cutanée isolée est exceptionnelle.
L’atteinte
disséminée fait la gravité de la maladie (dissémination hématogène) avec chez
l’immunodéprimé une grande fréquence des miliaires aiguës pulmonaires,
d’atteintes multiviscèrales et du système nerveux central.
Le
diagnostic est mycologique :
-
prélèvement : pus prélevé au niveau des lésions, LBA,
-
examen direct : levure ovoïde ou sphérique de 8 à 15 µ, avec paroi épaisse
et réfringente, pouvant donner une image de double contour,
-
culture sur gélose de Sabouraud ou gélose au sang
-
histologie : granulome sans caséum, levures de grande taille, soit
extracellulaire, soit à l’intérieur des macrophages.
Le
traitement est l’AmB ou l’itraconazole.
2.2.5. La sporotrichose
Elle
est due à un champignon dimorphique, Sporothrix
schenckii, parasite des végétaux et des bois. La contamination résulte
généralement d’un traumatisme par du bois ou des végétaux infestés, plus
rarement d’une griffure d’animal ou même d’une piqûre d’arthropode, ce qui
explique la localisation fréquente aux membres supérieurs et aux parties
découvertes.
Elle
existe en Amérique centrale et du sud, en Afrique du sud, au Soudan, en Inde,
en Nouvelle-Calédonie, au nord de l’Australie. Onze cas ont été rapportés à
Madagascar (2001-2003), où la maladie avait été décrite de 1909 à 1923 et
oubliée.
Après
une incubation variable de quelques jours à trois semaines, elle débute par un
nodule au point d’inoculation, le chancre sporotrichosique, dur, indolore,
suivi d’une lymphangite gommeuse très caractéristique : le complexe
cutanéo-lymphatique.
Une
atteinte multiviscérale peut se voir en cas d’immunodépression, et notamment en
cas de sida : articulations, os, poumon, système nerveux, atteinte
oculaire ou viscérale (dissémination hématogène).
Le
diagnostic est mycologique :
-
prélèvement : pus des lésions, squames, croûtes, ponctions, biopsies
-
examen direct, après coloration de Gram ou au MGG : forme levure appelée
«corps en cigare» ou en «navette».
-
culture sur milieu de Sabouraud à 27°C ou sur gélose au sang à 37°C,
-
examen histologique : à la coloration à l’HES : corps astéroïde
caractéristique.
Le traitement est l’itraconazole, 200 mg/j pendant 6 mois,
mais on souligne l’intérêt de la terbunafine 500 mg/j dans les formes cutanées
et de l’AmB dans les formes disséminées.
2.2.6. La pénicilliose
Elle
est due à un champignon dimorphique Penicillium
marneffei. Décrite au Vietnam en 1956, la pénicilliose a émergé depuis 1988
en Asie du sud-est avec le sida. C’est en Thaïlande, la troisième IO après la
tuberculose extra-pulmonaire et la cryptococcose neuroméningée.
Le
champignon a été isolé du sol, de terriers de rongeurs et de rats de bambou. La
contamination est aérienne, avec dissémination hématogène.
La clinique se caractérise par une
atteinte de l’état général, des lésions cutanées (papules à centre nécrotique
et ombiliqué de la face, du tronc, des membres inférieurs), des lésions
réticulo-nodulaires diffuses à la radiographie pulmonaire, des manifestations
systémiques : hépato-splénomégalie, adénopathies.
Le
diagnostic est mycologique : formes levures intracellulaires sur frottis,
culture (sang, MO)
Le
traitement fait appel à l’AmB, puis à l’itraconazole en relais
La
prophylaxie est à vie chez le sidéen, non traité par ARV, par itraconazole.
3. Les mycoses
profondes sous-cutanées
3.1. La
chromoblastomycose ou chromomycose
C'est
une mycose profonde cosmopolite, connue dans toute l’Amérique latine (Venezuela,
Brésil), l’Afrique noire (Gabon), le Japon et surtout à Madagascar.
Il y a 5 espèces de champignons responsables, regroupés en
quatre genres. Madagascar représente l’un des principaux foyers mondiaux de
chromoblastomycose, avec deux écosystèmes géographiques différents :
-
au nord et à l’est, l’espèce en cause est Fonsecaea
pedrosoi et la maladie est associée à la déforestation, avec une prévalence
de 1/ 4.000,
-
au sud et au sud ouest (climat semi-désertique), l’espèce en cause est Cladophialophora carrionii lié aux
épineux et au sisal, avec une prévalence de 1/ 2.500 à 1/ 3.000.
Des
cas sporadiques de chromoblastomycose ont été signalés à l’Ile de la Réunion
(du à la coupure d’une plante Achrantes
espera ou Zerbe jeune), aux
Comores, à Mayotte, dans l’île tanzanienne de Pemba et à Djibouti. Il s’agit
toujours d’infections à F. pedrosoi.
Les champignons sont des filaments qui parasitent les
végétaux (bois, épineux, sisal, cactus,...) et la contamination se fait par
piqûres, essentiellement au niveau des pieds et des jambes (trois quart des
cas), dues à la marche pieds nus.
C’est donc généralement après un
traumatisme avec des végétaux ou des débris de bois, qu’apparaissent
progressivement des placards hyperkératosiques verruqueux d’aspect tumoral en «
chou-fleur », des nodules ou des plaques d’aspect cicatriciel. Des lésions
satellites peuvent survenir par auto inoculation. Si la dissémination
lymphatique (adénopathie, éléphantiasis) ou par contiguïté (musculaire,
articulaire ou osseuse) ou encore par voie hématogène (atteinte viscérale
habituellement mortelle) est possible, elle reste rare.
La surinfection bactérienne est
fréquente. L’évolution carcinomateuse de type épidermoïde est décrite à fortiori sur les zones exposées au
soleil ou aux traumatismes. L’histologie est par conséquent toujours
souhaitable.
Le
diagnostic repose sur :
-
prélèvement : croûtes, squames, pus, lésions suintantes
-
examen direct : présence de corps oedématiés, corpuscules bruns,
sphériques, à paroi épaisse, de 5 à 12 µ de diamètre isolés ou en chaînettes,
leur présence permet le diagnostic,
-
culture sur milieu de Sabouraud : l’aspect des colonies ne permet pas de
différencier les agents causaux,
-
examen histologique : mise en évidence de cellules fumagoïdes (sclerotic cells) spécifiques au sein
d’un granulome.
Le
traitement est la terbinafine 500 mg/j, voire 1g/j (traitement de référence en
2003) pendant plus de un an. L’itraconazole 200 à 400 mg/j, souvent associé au
5 FC 100 à 200 mg/j, est une alternative. Il faut plusieurs mois de traitement
pour affirmer la guérison.
La
destruction de la forêt primaire (75%) est la cause essentielle de la haute
prévalence de la chromobastomycose à Madagascar.
3.2. Les mycétomes
fongiques
Dans
la zone sud et sud ouest de Madagascar où sévit la chromoblastomycose à C. carrionii, on trouve des mycétomes à Madurella mycetomatis, mycose des zones
tropicales sèches (Asie, Amérique [Mexique], Afrique sahélienne, Inde,
Madagascar), en rapport avec la climatologie : pluviométrie annuelle de 50
à 800 mm, longue saison sèche. Un cas de mycétome à Exophiala janselmei a été rapporté à Mayotte, découverte originale
à la fois par la situation géographique et les conditions climatiques de
Mayotte.
Les
champignons, Madurella mycetomatis est
le plus fréquemment rencontré, vivent sur le sol et les végétaux et
l’inoculation se fait par effraction, en particulier au niveau des membres
inférieurs (Pied de Madura) chez les cultivateurs, les éleveurs. Ce sont des
mycoses de l’homme de 20 à 40 ans (80% des cas)..
Les mycétomes fongiques sont des
tuméfactions sous-cutanées d’évolution chronique, fistulisées. Les fistules
émettent du « pus » contenant des grains noirs ou blancs parfois
visibles à l’œil nu. L’émission de « pus » est intermittente. Les
mycétomes fongiques extra-podaux, même fistulisés, ont des aspects cliniques
moins évocateurs que ceux des pieds. L’échographie montre des cavités uniques
ou multiples à parois épaisses sans renforcement acoustique, les grains
produisant des échos réflectifs.
Il
faut différencier les mycétomes fongiques des actinomycétomes, le traitement et
le pronostic étant différents. Les actinomycétomes, dus à des bactéries,
réalisent des placards truffés d’innombrables fistules, donnant des grains
blancs, jaunes ou rouges. Le traitement fait appel au
sulfaméthoxazole-triméthoprime.
Les
mycétomes fongiques à grains noirs facilement visibles, nombreux, «pointant
leur nez par l’orifice des fistules» sont facilement reconnus, les grains
noirs étant spécifiques aux mycétomes fongiques.
Le
diagnostic des mycétomes fongiques est clinique et mycologique : mise en
évidence des grains noirs (Madurella
mycetomatis) ou blancs (Pseudollescheria
boydii), par l’examen direct [filaments], la culture sur milieu de Sabouraud, l’anatomie pathologique.
Un bilan d’extension doit rechercher
une atteinte ganglionnaire et osseuse. Les radiographies osseuses montrent des
lésions destructrices (aspect géodique confluent et ostéosclérose
réactionnelle). L’échographie et le scanner précisent l’extension.
Le traitement est médicochirurgical :
antifongique (kétaconazole ou itraconazole), suivi d'une chirurgie d’exérèse
qui doit être la plus complète possible.
3.3. Les zygomycoses
3.3.1.
Classification : les
zygomycoses comprennent
3.3.1.1
L’entomophtoromycose à Conidiobolus coronatus (syn :
conidiobolomycose), mycose des régions tropicales, dont Madagascar et Mayotte.
Elle est due à un champignon saprophyte du sol, retrouvé
dans l’humus et le terreau (maladie du «fumier») et la contamination se fait
par inhalation de spores aérosolisées qui ensemencent les cavités sinusiennes.
Elle
entraîne une atteinte sous-cutanée de la face et de la région
naso-sinusienne : éléphantiasis du nez et de la lèvre supérieure réalisant
le «museau d’hippopotame».
3.3.1.2. La basidiolobomycose à Basidiobolus
ranarum, mycose d’Afrique noire, d’Inde, d’Extrême-Orient, d’Amérique
latine, du sud des USA.
La
contamination se fait par contact cutané direct avec le sol.
Elle
se traduit typiquement par une tuméfaction dermo-épidermique extensive, froide
et indolore, de consistance cartonnée, siégeant notamment aux régions
scapulo-humérales ou coxo-fémorales.
3.3.1.3. La
rhinosporidiose due à Rhinosporidium seeberi. Elle est connue
en Inde, au Sri Lanka, en Asie. La contamination se fait à partir d’une eau
douce stagnante.
C’est classiquement une atteinte de la muqueuse nasale
(lésion polypoïde) ou des conduits auditifs. Elle est rare en Afrique :
une atteinte conjonctivale a été rapportée en 1999 au Burkina-Faso et une
atteinte endonasale en 2002 au Congo.
3.3.1.4. La lobomycose (syn : blastomycose
cheloïdienne) est strictement américaine (zones forestières du Brésil, Guyane,
Amérique centrale, Caraïbes). C’est une affection cutanée, chronique,
indolente, qui simule une chéloïde. L’infection se fait par griffures
(végétaux) ou piqûres (arthropodes).
3.3.1.5. La mucormycose, due à Rhizopus oryzae, est une infection
cosmopolite, présente dans les pays tropicaux. Rhizopus orizae est isolé du sol, des fruits légumes et céréales
(riz). Elle atteint le massif rhino-orbitaire avec risque d’extension
cérébrale. Elle entraîne une forte mortalité chez les immunodéprimés et les
diabétiques mal équilibrés.
3.3.2. Diagnostic
Prélèvement :
biopsies cutanées. La lésion histologique est celle d’un granulome
inflammatoire, centré sur les filaments mycéliens (Basidobolus ranarium).
Le
diagnostic de la rhinosporidiose est basé sur la mise en évidence de sphérules
ou sporanges de 10 à 500 µm de diamètre, à paroi épaisse, contenant des
endospores de 6 à 9 µm de diamètre.
3.3.3.
Traitement
Il est médical : Ampho B, imidazolés (kétoconazole,
itraconazole, voroconazole, posaconazole). L’AmBisome® doit être prescrit à
forte posologie (10 mg/kg pendant 15 jours) avec une chirurgie précoce. Le
posaconazole peut être utilisé en relais de l'AmphoB (800 mg/j).