La tuberculose à l’heure du sida
Actualités 2008
Professeur Pierre Aubry. Mise à jour le 13/12/2008
1. Généralités
La
tuberculose est une maladie contagieuse, endémo-épidémique, à transmission
essentiellement interhumaine due au complexe MT (Mycobacterium tuberculosis) incluant MTH (Mycobacterium tuberculosis hominis), Mycobacterium bovis et Mycobacterium africanum. L’atteinte
pulmonaire est la plus fréquente des localisations et représente la source
habituelle de transmission.
La
tuberculose est un fléau mondial en progression. Pourtant, à partir de 1952,
avec l’apparition d’une chimiothérapie efficace, le déclin de la tuberculose
était réel. Dans les pays industrialisés, le risque d’infection déclinait de 10
à 15% et le seuil d’éradication était fixé à 2015-2030. Dans les pays en
développement, le taux de déclin était de 5 à 10% en Amérique latine, dans les
Caraïbes et en Afrique du nord. Il était au maximum de 3% en Afrique
sub-saharienne et en Asie du sud-est, du même ordre que le taux de croissance démographique.
On a assisté, dès 1986, à une
recrudescence de la tuberculose dans le monde. C’est aux Etats-Unis que
l’augmentation du nombre de cas fut d’abord signalée (3% en 1986, 6% en 1990)
et le rôle de l’infection à VIH paraît très vraisemblable dans cette
résurgence. En Afrique Noire et en Asie du sud-est, l’importance de l’endémie
tuberculeuse et la prévalence élevée de l’infection à VIH ont rendu cette
situation plus fréquente qu’ailleurs.
Un exemple : en République
centrafricaine, la prévalence de l’infection par le VIH qui était estimée à 32%
en 1988 et à 62% en 1994 est de 82% en 1998 chez les patients tuberculeux
hospitalisés à Bangui.
Tableau I. Taux de séropositivité du
VIH chez les tuberculeux hospitalisés en Afrique subsaharienne.
|
Année
|
Pays
|
Ville
|
Nombre
de cas
de
tuberculose
|
Pourcentage
VIH (p.100)
|
|
1986
|
Ouganda
|
Kampala
|
150
|
30
|
|
1987
|
Zaïre
|
Kinshasa
|
287
|
36
|
|
1988
|
RCA
|
Bangui
|
183
|
31,2
|
|
1989
|
Rwanda
|
Kigali
|
81
|
42
|
|
1989
|
Burundi
|
Bujumbura
|
137
|
66
|
|
1989
|
Malawi
|
Zomba
|
125
|
26
|
|
1989
|
Zambie
|
Lusaka
|
346
|
60
|
|
1989
|
Congo
|
Brazzaville
|
104
|
44
|
|
1989
|
Kenya
|
Nairobi
|
191
|
30
|
|
1992
|
Côte d’Ivoire
|
Abidjan
|
268
|
57,8
|
|
1994
|
Senegal
|
Dakar
|
691
|
12,5
|
|
1997
|
Cameroun
|
Yaoundé
|
611
|
22,2
|
|
1998
|
RCA
|
Bangui
|
1 142
|
82
|
On voit que les premières études menées
dès 1985 en Afrique centrale et de l’est indiquaient un taux de co-infection
VIH-tuberculose égal ou supérieur à 30%. Le taux de co-infection en Côte
d’Ivoire est plus proche de ceux des pays d’Afrique centrale que de ceux des
pays d’Afrique de l’ouest, ce qu’explique la forte séro-prévalence du VIH en
Côte d’Ivoire.
L’infection à VIH a donc entraîné une
résurgence de la tuberculose dans le monde, en particulier en Afrique
subsaharienne et en Asie du sud-est, continents où l’endémie tuberculeuse était
encore importante en 1981.
2.
Epidémiologie
L’OMS estime qu’il y avait en 2002, 2
milliards de sujets infectés dans le monde, 8 800 000 de nouveaux cas , 4 000
000 de cas de tuberculose pulmonaire à bacilloscopie positive et plus de 1 800
000 décès par an.
Tableau II. La tuberculose dans le monde
en 2002 (estimation OMS)
|
|
Millions de
personnes
|
%
|
|
Population mondiale
|
6 219
|
|
|
Personnes infectées
par le bacille
|
2 073
|
|
|
Incidence estimée
de la tuberculose
|
8,797
|
|
|
TB toutes formes TP
M+
|
3,887
|
|
|
Décès liés à la
tuberculose
|
1,8
|
|
|
Cas de TB attribuable
au VIH
|
|
9
|
|
Décès de
tuberculeux attribuable au VIH
|
|
12
|
L’Afrique subsaharienne qui représente
en 2002 11% de la population mondiale a notifié cette même année 24% des cas de
tuberculose toutes formes et 26% des cas de tuberculose pulmonaire contagieuse.
L’incidence estimée de la tuberculose contagieuse est de 62,6 pour 100 000
habitants en moyenne mondiale; en Afrique subsaharienne, elle atteint 149/100
000 (77/100 000 à Madagascar). La tuberculose ne cesse de progresser dans le
monde. Cette progression intéresse aussi les pays tempérés en milieu pauvre :
66/100 000 en Angleterre dans la population migrante, alors qu'elle est de
15/100 000 dans la population générale.
Tableau III. Dépistage des tuberculoses
pulmonaires à frottis positifs, OMS, rapport 2004
|
Région
|
Population
x 1000
|
Cas
attendus
nombre
|
Taux
d’incidence
100 000 hab.
|
Cas
déclarés
nombre
|
Taux
de détection des cas frottis +
|
|
Afrique
|
672 000
|
1 000 000
|
148,8
|
451 653
|
45%
|
|
Amérique
|
857 000
|
165 000
|
19,3
|
127 354
|
77%
|
|
Méditerranée
orientale
|
503 000
|
279 000
|
55,5
|
74 912
|
29%
|
|
Europe
|
878 000
|
211 000
|
24,0
|
83 455
|
40%
|
|
Asie du sud-est
|
1 591 000
|
1 294 000
|
81,3
|
600 690
|
47%
|
|
Pacifique
occidental
|
1 718 000
|
939 000
|
54,7
|
372 619
|
40%
|
|
Total mondial
|
6 219 000
|
3 888 000
|
62,5
|
1 716 333
|
44%
|
Les raisons de la persistance de la
tuberculose dans le monde et en Afrique sont :
- la pauvreté : 95% des
tuberculeux vivent dans les pays pauvres,
- l’accroissement démographique :
plus de 6 milliards en 2000, 7,9 milliards prévus en 2025,
et les migrations humaines,
- l’épidémie de VIH/SIDA : la
proportion de tuberculeux coinfectés par le VIH est en 2002 de 10%
dans le monde, de 30% en Afrique subsaharienne.
Il y a une grande inégalité des
situations épidémiques dans le monde. On distingue :
- des pays à basse prévalence où
l’objectif est l’élimination de la tuberculose, malgré un réveil
épidémiologique actuel,
- des pays à haute
prévalence (regroupant la plupart des PED) où l’objectif est de maîtriser la
maladie.
La tuberculose se
propage par voie aérienne, la contamination étant interhumaine, à partir
des gouttelettes de sécrétions
respiratoires aérosolisées. En l’absence de traitement, une personne atteinte
de tuberculose évolutive peut en infecter en moyenne 10 à 15 autres en l’espace
d’une année.
3. Infection tuberculeuse et tuberculose maladie
L’infection tuberculeuse résulte de la
première pénétration de MT dans un organisme indemne de tout contact antérieur.
Elle expose au risque ultérieur de tuberculose.
Le diagnostic d’infection tuberculeuse
repose sur la conversion de la réaction cutanée à la tuberculine, témoin de
l’allergie tuberculinique. La multiplication des MT aboutira à la maladie
tuberculeuse, soit d’emblée (inhalation massive de MT, immunodépression) ou
ultérieurement par ré-infection endogène à partir de MT quiescents
(immunodépression). Le système immunitaire oppose un rempart au MT qui, protégé
par une épaisse couche cireuse, peut rester quiescent pendant des années.
Ainsi, les sujets en immunodépression sont plus susceptibles de développer la
maladie.
Le VIH est le facteur le plus propice
au passage de l’infection latente par MT à la maladie évolutive.
4.
La tuberculose dans les PED avant l’infection à VIH/SIDA
Deux faits dominaient avant 1981
l’étude de la tuberculose en Afrique subsaharienne :
- la fréquence de la tuberculose
pulmonaire, très étendue au moment du diagnostic,
- la possibilité de formes
extra-pulmonaires, souvent associées à la tuberculose pulmonaire, intéressant
en particulier les séreuses (péritoine, plèvre, péricarde), les ganglions
périphériques, les os.
Les formes pulmonaires, révélées par de
la toux, des douleurs thoraciques, surtout des hémoptysies, montraient d’emblée
des lésions très évoluées, les formes excavées, siégeant au niveau des sommets
des poumons, prédominant dans 60% des cas. Le dépistage était donc tardif. Le
diagnostic était apporté par la mise en évidence de BAAR à l’examen direct
(crachats, tubages gastriques le matin au réveil). L’IDR à la tuberculine était
positive, souvent phlycténulaire.
Les formes extra-pulmonaires,
classiquement rares, vues souvent dans le cadre d’une immunodépression,
intéressaient les séreuses (péritoine, plèvre, péricarde, rarement méninges
sauf chez l'enfant), les ganglions périphériques cervicaux évoluant vers la
fistulisation (classiques écrouelles), les os (Mal de Pott dorsal ou
dorsolombaire, ostéo-arthrite de la ceinture pelvienne et des membres
inférieurs). Elles bénéficiaient de l’analyse des liquides de ponction (liquide
pleural, liquide d’ascite, liquide céphalo-rachidien), de l’examen
anatomopathologique des biopsies (ganglionnaire, pleurale, péritonéale et
hépatique sous laparoscopie, …).
Le traitement antituberculeux associait
isoniazide (INH), streptomycine (SM), et thiacétazone (TB1) ou éthionamide, M.
africanum étant spontanément résistant à la TB1.
5.
La coinfection tuberculose-sida dans les PED
Depuis 1986, le «duo diabolique» créé
par la coinfection tuberculose-sida a modifié les aspects de la tuberculose
dans les PED.
Dans l’histoire naturelle de
l’infection par le VIH, la tuberculose survient à un stade relativement
précoce, avant les autres infections opportunistes (pneumocystose,
cryptococcose, toxoplasmose…). La forme
la plus fréquente de tuberculose chez les malades infectés par le VIH est la
tuberculose pulmonaire, exclusive dans 55 à 60% des cas, mais on observe plus
fréquemment chez les VIH positifs des tuberculoses extra-pulmonaires isolées ou
associées à la tuberculose pulmonaire et des tuberculoses multifocales ou
disséminées. Des antécédents de tuberculose sont souvent retrouvés, ce qui est
en faveur d’une réinfection endogène.
La tuberculose est une cause majeure de
mortalité chez les sujets VIH positifs. Elle est responsable de 12% environ des
décès par sida dans le monde. La malnutrition joue un rôle important dans la
mortalité.
5.1. Etude clinico-radiologique
5.1.1. La tuberculose pulmonaire
Les aspects cliniques et
radiographiques de la tuberculose pulmonaire liée au VIH sont souvent
atypiques :
- fréquence des
signes généraux : amaigrissement, fièvre au long cours et à l’opposé
rareté des : hémoptysies,
- fréquence des
opacités réticulo-nodulaires, bilatérales et extensives, des opacités
micro-nodulaires diffuses de type miliaire, et à l’opposé rareté des cavernes.
Les lésions
radiologiques siégent plus fréquemment au niveau des régions moyennes et basales des poumons.
Deux notions doivent être bien
connues :
- la fréquence des radiographies
thoraciques normales au cours de tuberculoses bactériologiquement confirmées.
La recherche d’une tuberculose doit donc être systématique devant toute
atteinte de l’état général même si le cliché thoracique est normal.
- la fréquence des images de
condensation parenchymateuse. Le diagnostic de pneumopathie présumée
bactérienne ne doit pas être porté d’emblée, même si l’on connaît la fréquence
des pneumopathies à Streptococcus
pneumoniae et les recherches de BAAR doivent être systématiques.
5.1.2. La tuberculose extra-pulmonaire ou disséminée
L’expression clinique de la tuberculose
chez le VIH positif est remarquable par la diffusion des lésions avec une
dissémination de bacilles dans les sites autres que pulmonaire. Ainsi, la
tuberculose extra-pulmonaire et multifocale ou disséminée a connu une avancée
notable (33,7% en 1985, 45,8% en 1992 à Abidjan).
Souvent associées à une atteinte
pulmonaire, les localisations ganglionnaires périphériques et/ou profondes, les
atteintes des séreuses, surtout pleurale, mais aussi péritonéale (la
laparoscopie est alors l’examen clef du diagnostic), péricardique et méningée
sont les plus fréquentes. Les atteintes sont souvent disséminées associant
polysérites, abcès spléniques, adénopathies profondes.
Les atteintes osseuses (spondylodiscite
tuberculeuse ou Mal de Pott, ostéoarthrites), urogénitales, digestives
(intestinale, hépatique) doivent toujours être recherchées.
6.
Diagnostic
Le diagnostic de tuberculose chez un
sujet VIH positif n’est souvent que de présomption.
Le diagnostic microbiologique repose
sur la présence de BAAR à l’examen
direct avec concordance clinique et/ ou efficacité thérapeutique. La
multiplication des sites bacillaires impose la recherche de BAAR dans une
grande variété de prélèvements : crachats, tubages gastriques, liquides de
ponction, biopsie d’un ganglion périphérique… La classique coloration de
Ziehl-Nielsen peut être complétée par une immunofluorescence directe qui permet
une lecture plus rapide.
Le taux de détection de la tuberculose
contagieuse M.T. + reste faible,
autour de 45%, loin des 70% fixé comme objectif pour 2005 par l’Assemblée
Mondiale de la Santé.
L’IDR à la tuberculine n’apporte pas
d’argument positif, car elle est négative chez ces malades anergiques. L’isolement de BAAR en culture
sur le milieu de Löewenstein-Jensen (la culture peut prendre 3 à 6 semaines
pour devenir positive) dans un liquide biologique (expectoration, urine,
liquide de ponction), dans une biopsie, dans des hémocultures permet le
diagnostic en différenciant MT et mycobactéries atypiques. Les milieux de
culture solides (milieu de Löewenstein-Jensen) peuvent être complétés par des
milieux de culture liquides (système Bactec, MGIT, MB-Redox) pour diminuer le
temps du diagnostic.
Les infections humaines à mycobactéries
atypiques sont souvent généralisées
chez le sidéen en fin de vie. Les septicémies à M.T. ne sont pas rares au cours du sida.
La PCR permet un diagnostic rapide et
spécifique de la tuberculose. Le Mycobacterium Tuberculosis Direct Test ou
MTD détecte l'acide nucleique de M. tuberculosis à partir des
prélévements respiratoires avec les mêmes délais que la microscopie optique. Il
a dépisté plud de la moitié des cas de tuberculose négatifs en microscopie
optique directe. Dans les PED, son prix élevé ne permet pas de l’utiliser dans
le cadre d’un programme national.
L’efficacité d’un traitement
antituberculeux d’épreuve en l’absence de diagnostic microbiologique doit faire
porter le diagnostic de tuberculose évolutive.
En pratique, le diagnostic de
tuberculose pulmonaire est rendu difficile par la fréquence des formes à
bacilloscopie négative chez les VIH positifs au stade avancé de l’infection à
VIH. Mais, en pratique, la tuberculose pulmonaire se voit chez le VIH + à un
stade précoce de l’infection à VIH et le taux de positivité des examens
microscopiques est peu différent de celui observé chez les tuberculeux VIH
négatifs.
Le diagnostic de tuberculose
extra-pulmonaire est relativement facile si un prélèvement peut être effectué
(ganglion périphérique, plèvre, urine, …), il est difficile lorsque la
localisation est profonde. L’échographie abdomino-thoracique, technique simple
et non vulnérante, est intéressante pour la prise en charge précoce de la
tuberculose viscérale. Elle montre des lésions des organes pleins de l’abdomen
(foie, rate), des adénopathies profondes et/ ou des épanchements des séreuses
(plèvre, péritoine, péricarde).
7.
Pronostic
Le pronostic de la coinfection
tuberculose-sida est mauvais, alors que la tuberculose réagit favorablement au
traitement antituberculeux. La surmortalité chez les tuberculeux séropositifs
(létalité hospitalière de 39,7% chez les sujets co-infectés et de 17,6% chez
les sujets séronégatifs à Abidjan) est due à l’évolutivité de l’infection à VIH
elle-même, plus qu’à l’émergence de souches multirésistantes ou à des
intolérances médicamenteuses à l’origine d’abandon du traitement. La malnutrition
joue un rôle majeur dans l’évolution péjorative de la tuberculose.
8.
La tuberculose de l’enfant en Afrique
Le risque de passage de la tuberculose
infection à la tuberculose maladie est élevé chez l’enfant : 50% avant
l’âge de 1 an Vs 10% chez l’adulte. Deux situations peuvent conduire à
soupçonner qu’un enfant est atteint de tuberculose pulmonaire :
- l’existence de signes cliniques et/ou
radiologiques évocateurs,
- le dépistage systématique après le
diagnostic d’une tuberculose contagieuse de l’adulte.
Le diagnostic est établi :
- sur la notion de contage :
critère déterminant,
- au stade de primo-infection latente,
asymptomatique : IDR à la tuberculine > 10 mm en l’absence de cicatrice
de BCG,
- au stade de tuberculose maladie sur
la symptomatologie : primo-infection fébrile, tuberculose pulmonaire ou
extra-pulmonaire,
- chez l’enfant infecté par le
VIH : miliaire, adénopathies périphériques, tuberculose des séreuses, avec
IDR négative.
La tuberculose infantile est la
conséquence d'une contamination par un adulte bacillifère vivant dans
l'entourage de l'enfant.
La lutte contre la tuberculose repose
sur le dépistage et le traitement des TB maladies et sur le traitement des
TB-infections latentes chez l'enfant.
On note une réémergence de la
tuberculose néo-natale en Afrique, en particulier en Afrique du sud (femmes
infectées par le VIH : 23%). Il n’existe pas de protocole thérapeutique
consensuel de la tuberculose du nouveau-né.
9.
La stratégie thérapeutique
Depuis l’adoption de la stratégie DOTS
(Directly Observed Treatment-Short ou traitement supervisé court) en 1993, plus
de 13 millions de cas infectieux ont bénéficié de cette stratégie. En 2002, 180
pays sur 200 appliquent la stratégie et 69% de la population mondiale vit dans
des régions où la stratégie DOTS est en vigueur.
Celle-ci se compose de 5 éléments
fondamentaux :
- l’engagement des gouvernants à
soutenir durablement la lutte contre la tuberculose,
- le dépistage des cas par l’examen des
expectorations au microscope,
- le traitement standardisé d’une durée
de 6 à 8 mois,
- un approvisionnement régulier en
médicaments antituberculeux,
- un système d’enregistrement et de
notification standardisé.
Cette stratégie reçoit de la part des
coopérations bilatérales et multilatérales un soutien important, notamment avec
le Fonds Mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme (2000).
Les résultats prévus sont le dépistage
de 70% des cas infectieux et la guérison de 85% des cas dépistés. Actuellement,
le taux de succès du traitement des nouveaux cas de tuberculose pulmonaire
contagieuse pour les pays qui appliquent la stratégie DOTS dépasse 82%, alors
qu’il est de 40% dans ceux qui ne l’appliquent pas. Dans la région Afrique de
l’OMS, le taux de succès du traitement est de 71% des cas dans les pays qui
appliquent la stratégie DOTS et de 48% dans les pays qui ne l’appliquent pas.
La stratégie DOTS est-elle efficace à
long terme? L'incidence mondiale de la TB continue d'augmenter, y compris dans
les pays où de bons résultats ont été enregistrés sous DOTS. Les « succès
thérapeutiques » sous DOTS font référence à 2 catégories de patients: les
patients guéris (avec preuve
bactériologique) et les patients ayant complété le traitement (sans
obligatoirement de preuve bactériologique). Peu d'études ont évalué la capacité
de la stratégie DOTS à guérir durablement ( 6 mois après) les patients traités.
Que la tuberculose soit ou non associée
au sida, le schéma thérapeutique doit être une chimiothérapie courte de six
mois, comportant quatre médicaments : Isoniazide (INH), Rifampicine (RMP),
Ethambutol (EMB) et Pyrazinamide (PZA). INH, RMP et PZA sont des bactéricides,
EMB est un bactériostatique. Leur association a pour but de prévenir
l’apparition des résistances. Le schéma thérapeutique comporte les 4 médicaments
pendant 2 mois, suivi d’une bithérapie (INH+RMP) les 4 mois suivants. Aucun
nouvel antituberculeux n'a été proposé ces dernières années.
La posologie quotidienne est, chez
l’adulte, de 4 à 5 mg/kg pour l’INH, de 10 mg/kg pour la RMP, de de 20 à 25
mg/kg pour le PZA. Et de 15 à 20 mg/kg pour l ‘EMB. Elle est, chez
l’enfant, de 10 à 15 mg pour l’INH, de 10 à 20 mg pour la RMP, de 15 à 30 mg
pour le PZA., de 15 à 20 mg pour l’EMB.
Chaque pays décide du ou des régimes
standardisés à utiliser. Le prix d’un traitement
de première ligne est actuellement inférieur à 10 €. L’amploi de médicaments
combinés à doses fixes de 2 (INH+RMP), 3 (INH+RMP+PZA) ou 4 (INH+RMP+PZA+EMB)
médicaments est hautement recommandé, en particulier lorsque la prise de
médicaments n’est pas surveillée.
Le risque de voir se développer une
tuberculose multirésistante (MR), définie par une résistance à deux médicaments
majeurs, l’isoniazide et la rifampicine, est réel. Cette tuberculose MR est la
conséquence d’un traitement insuffisant, irrégulier ou inadapté. Les taux de
MDR primaire à l’INH et à la RMP est < 3% en Afrique. Il apparaît
actuellement des cas de tuberculose ultrarésistante (UR ou XDR pour extremely
drug resistant) définie comme 1. résistante au moins à l’isoniazide et à la
rifampicine, à laquelle s’ajoutent 2. une résistance aux fluoroquinolones et 3.
et aussi à un ou plus des antituberculeux injectables suivants :
amikacine, capréomycine et kanamicine. La tuberculose UR est associée à des
taux de mortalité élevés. Les sujets infectés par le VIH y sont
particulièrement sensibles. L’Afrique australe est touchée par la tuberculose
UR (Afrique du sud, Lesotho, Swaziland), mais aussi les pays de l'Europe de
l'est (Ukraine, Lettonie, Moldavie). La tubercluso XDR poursuit une « sinistre
progression » : 490 000 nouveaux cas par an, soit 5% de l'ensemnle des
tuberculoses, et 110 000 décès.
Le traitement antituberculeux doit être prescrit pendant 2 mois en cas
d’infection à VIH/SIDA, avant la mise sous ARV. La RMP est contre-indiquée avec
les IP «boostés».
La corticothérapie (prednisone :
0,5 à 1 mg/kg/j) est administrée, pendant 1 à 3 mois maximum, en particulier
chez l’enfant dans les localisations suivantes : adénopathies
médiastinales avec atélectasie, miliaire aiguë hématogéne, tuberculose des
séreuses (méningée, pleurale, péritonéale, péricardique).
10.
La prévention
La prévention de la tuberculose passe
en premier lieu par un diagnostic précoce, un traitement adapté et
l’application des mesures d’hygiène visant à réduire le risque de transmission.
Il faut exiger l’isolement des
tuberculeux contagieux des autres malades non tuberculeux, pendant la phase
initiale du traitement. Le risque de tuberculose nosocomiale est réel
chez le VIH positif.
Le traitement préventif de la
tuberculose est recommandé chez les sujets infectés par le VIH, ayant une IDR à
la tuberculine positive et qui ne sont pas atteints de tuberculose évolutive.
Le médicament de référence est l’INH, en dose quotidienne auto-administrée, à
raison de 5 mg/kg (maximum : 300 mg) pendant 6 mois. Le traitement
préventif réduit le risque d’apparition de la tuberculose évolutive à court
terme de 40% par rapport à ce qu’il aurait été sans le traitement.
L’OMS et l’UICTMR recommandent (2003)
que tous les enfants contacts des PED
ayant moins de 5 ans apparemment sains reçoivent une chimioprophylaxie par INH
à la dose de 5mg/kg/j pendant 6 mois.
Le vaccin BCG a un effet protecteur
attesté contre la méningite tuberculeuse et la tuberculose disséminée chez
l’enfant. L’OMS recommande pour les pays où la tuberculose reste un important
problème de santé publique une vaccination unique par voie intradermique le
plutôt possible après la naissance sans contrôle tuberculinique ou
revaccination, y compris chez les nourrissons infectés par le VIH qui sont
asymptomatiques. Par contre, la vaccination des nourrissons symptomatiques est
contre-indiquée vu le risque de Bécégite généralisée. Rappelons que les
différentes souches de BCG sont sensibles à l'INH, à la rifampicine, à
l'éthambutol, à la streptomycine, mais toutes résistantes au pyrazinamide.
La vaccination des adultes par le BCG
peut être envisagée chez les sujets présentant une IDR négative et qui ont un
contact rapproché avec des cas de tuberculose multirésistante.
La durée de la protection est de 10 à
20 ans.
L’importance de l’endémie tuberculeuse et la prévalence élevée de
l’infection par le VIH en Afrique subsaharienne et en Asie du sud-est
expliquent la flambée de tuberculose dans ces deux continents. La
tuberculose est encore pour longtemps «une maladie de notre temps».
Références
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